Villepin et le soufisme
Dominique de Villepin au Rendez-vous des Politiques, hier. Je suis presque séduit, malgré le côté Chateaubriand face à l'océan. Et puis Catherine Clément fait une remarque et pose une question. Dans son bouquin, Villepin donne en exemple trois pays où sévissent mafia, criminalité et terrorisme: Afghanistan, Tchétchénie et Bosnie, et Catherine Clément poursuit: "les trois pays sont des pays soufis, or le soufisme est en train de craquer dans beaucoup d'endroits, dans ces trois pays il semble qu'il ait lâché, on sait bien qu'il est en train de reculer en Asie Centrale et imaginez ce qui se passerait si par malheur les confréries soufies commençaient à craquer en Afrique de l'Ouest". Et elle demande le point de vue de Villepin. Lequel botte en touche, parle d'autre chose, de la "donnée religieuse" en général. Malgré le ton et la musique qui gardent leur assurance, on sent bien qu'il s'est fait piéger comme un étudiant à bagout sur une question de cours non étudiée. Et tout à coup le discours du ministre apparaît d'une effrayante (je le dis au sens propre) minceur, non tant à cause de son ignorance ponctuelle sur ce point précis qu'à cause du besoin de conserver au fil de son discours les apparences de la souveraineté. Le ministre aurait pu répondre depuis une connaissance moins pointue, plus généraliste de la question. Parler de l'évolution moderne de l'Islam et de la relation entre l'affaiblissement des confréries et la montée du radicalisme. Il ne l'a pas fait parce qu'il se serait alors, je crois, placé sur un terrain où il serait apparu que la philosophe avait une compétence supérieure à la sienne et ce faisant, pour éviter de montrer une ignorance relative, il peut donner à croire à son ignorance absolue. J'y vois là un effet de la formation classique des élites françaises fondée, même si le mot a disparu, sur la rhétorique - et oui, alors, à nouveau je me sens platonicien.


2 commentaires:
Je débarque,... au hasard d'un surf, mais je m'insurge:
Je suis athée, issu de famille catho (un frêre prêtre), ma fille et son mari (australiens) font partie d'une communauté soufie: ils font référence à Allah, ils sont opposés à la violence (surtout économique, ce qui me parait assez évangélique), ils sont ouverts et tolérants, et ils admettent qu'il y a des déviations du soufisme, comme du christianisme évangélique...Pour moi, le soufisme est une grande sagesse qui s'appuie sur un fondement religieux.
Alors, pas d'amalgame trop facile, d'affirmations gratuites !
Cordialement,
Robert Mamet
Pardonnez-moi, monsieur, mais il semble que vous m'ayiez mal compris, ou plutôt que je me sois mal fait comprendre, et ça me vexe. Je n'ai voulu faire aucun amalgame, et surtout pas entre le soufisme et le terrorisme. Je partage assez le souci de Catherine Clément parce qu'au contraire je crois que le soufisme est un barrage contre le terrorisme islamique. Il me semble d'ailleurs que c'est un fait à peu près établi. Qu'en Algérie jadis comme en Tchétchénie aujourd'hui, la destruction du maillage des confréries, éventuellement du fait du colonisateur, ouvre la voie au radicalisme violent. Pour moi est soufi qui pense que quelque soit le lieu du bas de la montagne dont on part et quelque soit le chemin emprunté, le sommet est le même pour tous. Et cette conviction est contraire à ceux qui prèchent la "guerre des civilisations", d'un côté comme de l'autre.
En espérant que le hasard du surf vous amène sur ma réponse, je vous assure de mes cordialités.
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